Esplanade Danjo Garan avec la pagode de Koyasan repeinte vermillon par les moines.

Visiter Koyasan : le guide pratique

Niché au cœur de la préfecture de Wakayama sur un plateau perdu à 1000 mètres d’altitude, le complexe du mont Koya est un haut lieu du bouddhisme japonais. Ce site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO est une destination incroyable qui m’a profondément marqué. J’ai déjà écrit plusieurs articles à son sujet mais avec ce guide pratique, je vous propose une synthèse de tout ce qu’il faut savoir, avec mes conseils et de nouvelles informations. C’est un peu dense mais j’espère que ce sera suffisamment complet pour vous aider à préparer votre séjour !

 

 

1 – L’importance de Koyasan dans l’histoire du Japon

Koyasan fait partie des sites les plus anciens de l’archipel puisque sa fondation date de 816. Elle revient au célèbre moine Kukai, également connu sous le nom posthume de Kobo Daishi. Il fonda la secte bouddhiste Shingon à Koya, après ses études en Chine. Contrairement au bouddhisme qui prévalait jusqu’alors, la philosophie de Kukai propose d’atteindre la perfection dans cette vie, sans passer par des cycles de réincarnation : ce fut un succès immédiat ! Aujourd’hui encore, la secte shingon est l’une des principales sectes bouddhistes au Japon. L’influence de Kukai est donc énorme. A travers tout le pays, on retrouve sa trace car il aurait fondé des centaines de temples, comme le temple méconnu de Mitaki dera à Hiroshima que j’aime beaucoup. Il est aussi à l’origine du pèlerinage des 88 temples de Shikoku. Kukai a enfin créé les kanas que l’on utilise encore de nos jours pour écrire en japonais !

Koyasan est surtout un lieu préservé, qui a su traverser le temps et nous parvenir avec toute son histoire vieille de plus de 1200 ans. Et c’est finalement ce passé, cette charge historique, le mysticisme du mont qu’on « ressent » et qui en fait, pour moi, une destination très spéciale. Ces dernières années, le mont s’est ouvert au tourisme, ce qui permet de vivre des expériences assez uniques, même sans être croyant.

Bref, il n’y a que des bonnes raisons pour y aller !

 

2 – Les sites incontournables de Koyasan

2.1 – Le cimetière Okunoin

2.1.1 – Découvrir le cimetière de jour

Le cimetière d’Okunoin est certainement le site le plus saisissant de Koyasan. Je n’ai, à ce jour, pas vu d’équivalent ! L’entrée du cimetière est marquée par un pont en pierre qui délimite le monde des vivants de celui des morts. Derrière ce pont, démarre un sentier de 2 km jalonné de plus de 200 000 tombeaux ! L’allée est bordée de lanternes de pierre et de cèdres centenaires, c’est époustouflant ! L’atmosphère y est incroyablement mystérieuse et sereine. Je vous invite aussi à emprunter les petits sentiers parallèles pour vous immerger encore davantage dans la forêt, les fougères et les mousses.

Depuis 1200 ans, le cimetière Okunoin accueille les cendres de grands samouraïs, mais aussi celles de l’humble peuple. Plus récemment, de grandes sociétés japonaises ont édifié des stèles pour leurs employés, comme Panasonic. Une entreprise d’extermination de nuisibles a également fait des donations pour expier la mort des termites qu’elle a causée ! Prenez bien le temps de vous y promener pour ressentir cette atmosphère incroyable !

cimetière okunoin

 

2.1.2 – Visiter le mausolée de Kukai

Au bout du sentier, on tombe sur une clairière au milieu de laquelle se tient le mausolée de Kobo Daishi (pour rappel, c’est le nom que prend Kukai dans l’au-delà). Deux lanternes y brûlent en permanence, en signe de dévotion. Elles sont entretenues quotidiennement par les moines qui veillent à ce qu’elles ne s’éteignent jamais. L’acte de maintenir ces flammes correspond à la conviction que Kobo Daishi n’est pas mort, mais qu’il est en méditation éternelle dans le mausolée. La charge symbolique est donc énorme. Même sans être croyant, on se sent forcément imprégné par l’importance et la force du lieu.

Les photos y sont interdites depuis plusieurs années afin de respecter les croyants. Vous pourrez en faire jusqu’aux statues de bronze avant l’accès au mausolée.

 

2.1.3 – Voir la cérémonie quotidienne d’offrandes

Une cérémonie d’offrandes de nourriture a lieu tous les jours au mausolée (shoujingu). C’est un signe de dévotion au même titre que l’entretien des lanternes, qui permet de nourrir Kobo Daishi durant sa méditation éternelle. On peut assister à cette procession chaque matin à 6h00 et à 10h30. À ces heures, des moines transportent des repas jusqu’au mausolée dans le pavillon des lanternes. Je vous recommande largement le créneau de 10h30, beaucoup plus acceptable ! Cette cérémonie est très peu connue par les visiteurs, ne vous inquiétez donc pas pour la foule potentielle, cela restera raisonnable même s’il y a un peu de monde.

offrandes et prière de 3 moins dans le cimetière okunoin

zoom sur les geta d'un moine bouddhiste à koyasan

offrandes quotidiennes du matin à Kukai au mausolée de Koyasan

 

2.1.4 – Réserver une visite de nuit avec un moine

Lors de ma dernière visite à Koyasan, je m’étais offert une visite guidée de nuit par un moine qui restera une expérience absolument inoubliable ! Organisée uniquement par le temple Ekoin, elle offre une ambiance mystique amplifiée par la pénombre et les explications en anglais impeccables des moines. Pendant 1h30, vous aurez le cimetière presque entièrement pour vous. Le moment le plus chargé en émotions restera pour moi la fin de la visite. Arrivés au mausolée, le moine a entamé le chant du sutra du cœur en pleine forêt, à la lumière des lanternes. Incroyable, même si mes photos de rendent pas honneur au moment !

visite guidée du mont koya de nuit okunoin

Comment réserver une visite de nuit du cimetière Okunoin ?
Vous pouvez réserver un pass pour 2 personnes directement sur le site officiel du temple, au prix de 10 000 yens, soit environ 62 € (il n’y a malheureusement pas de tarif individuel). Réservez bien en avance car les créneaux sont parfois complets, et les prix peuvent être plus élevés certains jours. Il n’est pas nécessaire de séjourner dans le temple pour réserver l’excursion, c’est ouvert à tout le monde.

 

2.2 – Le Danjo Garan et la pagode Konpon Daito

L’enceinte sacrée de Danjo Garan est le premier ensemble de pavillons que le moine Kukai a bâti en arrivant sur le plateau. C’est le centre d’activité principal, où se trouve la grande pagode Konpon Daito. C’est ici que j’ai eu la chance d’assister à une cérémonie lors des célébrations des 1200 ans du sanctuaire en 2015. Si vous voulez en savoir plus sur les bâtiments à voir et leur symbolique, je vous oriente vers l’excellent article du blog Japan’da.

Le blog de voyage Japan kudasai vous emmène au sanctuaire sacré de Koyasan, admirer le temple bouddhiste zen Kongobuji sur l'esplanade Danjo Garan. Il ne faut pas louper la pagode de Koyasan repeinte vermillon par les moines.

 

2.3 – Le pin Sanko no matsu

Selon la légende, Kukai a jeté son sankosho dans les airs lorsqu’il étudiait en Chine (c’est un outil rituel à trois pointes utilisé dans le bouddhisme), faisant le vœu de trouver un lieu propice à la propagation de sa doctrine. De retour au Japon, c’est dans un pin du mont Koya qu’il a retrouvé son sankosho, resté coincé dans les branches. Kukai a alors décidé d’établir son monastère à côté de l’arbre. On le trouve toujours aujourd’hui sur l’esplanade du Danjo Garan. Il est très particulier car ses aiguilles poussent par paquets de trois, au lieu des deux habituelles pour la plupart des pins. Cette particularité est donc vue comme un symbole divin à relier aux trois pointes du sankosho.

 

2.4 – Le temple Kongobu-ji

Considéré comme le temple principal de Koyasan, la visite du temple Kongobu-ji est un passage incontournable pour moi. Au-delà des bâtiments magnifiques, il y a un jardin sec Banryu-tei absolument sublime et immense derrière le temple. L’entrée à 1000 yens est un peu au-dessus de la moyenne mais cela vaut le coup.

Sanctuaire sacré de Koyasan, admirer le temple bouddhiste zen Kongobuji sur l'esplanade Danjo Garan. Il ne faut pas louper la pagode de Koyasan repeinte vermillon par les moines.

 

3 – L’expérience unique des shukubo : dormir dans un temple

3.1 – Le principe du shukubo

L’une des expériences les plus marquantes et indispensables à Koyasan est de passer une nuit dans un shukubo, un temple-auberge administré par une communauté de moines. Vous allez pouvoir :

  • Être logé au cœur d’un temple, avec accès à des lieux inaccessibles aux autres visiteurs.
  • Goûter à la cuisine végétarienne des moines, le shojin ryori.
  • Découvrir le quotidien des moines en participant à la prière matinale. Bien que basée sur le volontariat, c’est une expérience que je recommande vivement. Il faudra juste se lever autour de 6h du matin et se prémunir du froid : ça caille, les espaces ne sont pas tous chauffés !

petit déjeuner végétarien à koyasan

Un budget à anticiper
Dormir une nuit en shukubo à Koyasan correspond au standing d’un ryokan (auberge traditionnelle de luxe), avec la dimension spirituelle supplémentaire. Les prix vont donc de 100 à 500 € par personne selon le standing du temple. Pensez à réserver à l’avance pour avoir le choix de votre hébergement ! Si votre budget est serré, je vous recommande de privilégier une nuit en shukubo plutôt qu’en ryokan car à tarif équivalent, le temple-auberge vous fournira des expériences supplémentaires.

 

3.2 – Mes recommandations de shukubo

Parmi les temples-auberges que j’ai déjà pu tester, je vous recommande deux adresses :

  • Le temple Ichijoin : un temple absolument incroyable avec un jardin intérieur grandiose. Le service en chambre est impeccable. Les réservations se font sur le site officiel du temple. Le nombre de chambres est raisonnable, ce qui offre plus de confidentialité.

  • Le temple Henjoson-in : un peu plus grand, avec là encore de superbes chambres et un très bon repas. Localisation pile en face Danjo Garan. Les réservations peuvent se faire via le formulaire de contact du site officiel.

Réserver plus facilement son shukubo
Vous avez peur de galérer sur les sites en japonais des temples ? Alors optez pour la solution de facilité en contactant l’association des temples de Koyasan. Les prix sont les mêmes, ils font l’interface pour vous. Sur la version anglaise du site, le module de réservation n’affiche pas toutes les disponibilités de tous les temples, seulement les plus touristiques. Je vous recommande donc choisir votre temple dans la liste complète visible sur la seule version japonaise du site, puis de leur écrire en anglais via leur formulaire de contact en spécifiant le temple souhaité et vos informations de séjour.

Enfin, quelques temples sont disponibles sur BOOKING.COM : vous aurez un peu moins de choix mais vous n’aurez besoin d’aucun intermédiaire pour finaliser votre réservation.

 

4 – Gastronomie : le goût du zen

4.1 – La cuisine shojin ryori

A Koyasan, on mange quasi exclusivement de la cuisine shojin ryori préparée par les moines. Historiquement, les repas sont végétaliens. Voire même plus stricts car les aliments aux saveurs fortes comme l’ail ou l’oignon sont exclus (ils perturberaient la méditation !). Depuis quelques années, certains temples proposent cependant des options végétariennes en incluant des produits laitiers, mais il s’agit plutôt d’exceptions.

Le dîner et le petit-déj’ sont un véritable déluge de plats ! Composés avant tout de légumes, de tofu et de plantes sauvages, les portions sont finement assaisonnées pour révéler le goût primaire de chaque ingrédient. Il n’y a donc pas trop de fioritures. Les saveurs, ingrédients et textures peuvent être parfois surprenantes, c’est une expérience en soi ! En tout cas, les repas sont à chaque fois copieux, on roule sous la table au dessert ! Je vous avoue que j’apprécie toujours le dîner, mais j’ai en revanche beaucoup plus de mal avec le petit-déj’ : je ne suis pas formaté pour avaler autant de tofu (surtout sans café !).

 

4.2 – Le tofu au sésame (gomadofu)

C’est la grande spécialité de Koyasan : vous en trouverez forcément dans votre repas au shukubo. Le gomadofu a une texture lisse et soyeuse très différente du tofu classique au soja, qui se rapproche de celle d’un flan ferme ou d’une panna cotta. Si vous ne séjournez pas dans un temple, vous trouverez facilement des restaurants dans la rue principale pour en commander.

gomatofu

 

5 – Les chemins de pèlerinage

Koyasan est aussi un point de départ ou d’arrivée de plusieurs routes de pèlerinage. Ces sentiers classés au patrimoine mondial de l’UNESCO rayonnent dans toute la préfecture de Wakayama. Je vous en présente certaines portions dans mon guide sur les sentiers de Kumano kodo. Il y a ici encore des sites splendides à découvrir. Je ne peux donc que vous conseiller de les arpenter, sans vous limiter à Koyasan, comme la majorité des visiteurs (si vous le pouvez dans votre planning). La préfecture de Wakayama mérite d’être davantage connue : je vous mets quelques photos ci-dessous ! Pour les détails, je vous renvoie vers les articles déjà publiés sur le blog.

vu depuis la terrasse du kumano cafe à kii-katsura

 

6 – Préparer sa visite à Koyasan

6.1 – Comment s’y rendre ?

🎫 La solution la plus simple est de prendre le train depuis Osaka, puis le funiculaire et enfin le bus. Tout est super bien organisé avec des orientations claires, ça se fait franchement super bien. Le trajet total depuis Osaka prend environ 2h30. Je vous encourage à acheter en avance le pass Koyasan World Heritage Ticket. Il est avantageux et simplifie grandement la vie car pour 3800 yens, il comprend un aller direct rapide en train « limited express » (place réservée) depuis Osaka (gares de Namba ou Shin-Imamiya), et un retour par un train plus lent. Il inclut également deux journées de trajets illimités sur les bus de Koyasan et le funiculaire, des réductions sur les entrées des temples et musées principaux, et une remise de 10% dans certaines boutiques souvenirs.

🚍 Les sites sont parfois très éloignés entre eux. Une fois sur place, n’hésitez pas à prendre les bus. La cadence est correcte, comptez des passages moyens toutes les 20 à 30 minutes.

🚗 Si vous ne visitez que Koyasan, je vous déconseille de venir en voiture, cela vous coûtera 4 à 5 fois plus cher que de venir en prenant le pass ! Et sans vous faire gagner beaucoup de temps supplémentaire. En revanche, si vous voulez ensuite explorer la préfecture de Wakayama ou les sentiers de Kumano kodo, alors je vous encourage à louer votre voiture pour un road trip au Japon. Les routes autour du mont sont particulièrement belles au printemps : vous pourrez prendre des photos de sakura sans personne dessus !

6.2 – Combien de temps rester ?

🕑 Bien qu’il soit possible de faire Koyasan à la journée, je le déconseille. Le temps de trajet est conséquent (5h aller/retour minimum), et le site invite à prendre son temps, à se concentrer sur la nature et la spiritualité. Pour une expérience complète et sereine, une nuit sur place dans un shukubo est essentielle.

6.3 – Venir en famille ?

👪 Si vous voyagez avec des enfants à partir de 10 ans, ils sont généralement assez grands pour se tenir et comprendre le sens des cérémonies. Le dîner végétarien pourra peut-être les dérouter : prévoyez donc des choses à grignoter dans le sac à dos. Au pire, il y a un FamilyMart pour vous ravitailler.

mascotte de koyasan

Koyasan est une destination que j’adore, une bulle hors du temps incroyablement mystique, qui arrive à nous toucher alors même que nous ne sommes pas pratiquants. Ce n’est pas seulement à voir, Koyasan est à vivre et à ressentir ! Alors, si vous êtes de passage à Osaka ou Kyoto, faites ce détour et évadez-vous de la mégapole pour une nuit : vous ne le regretterez pas !

 

 

 

 

Laisser un commentaire