Quand on visite un sanctuaire ou un temple au Japon, on tombe immanquablement sur des fils recouverts de plaquettes de bois colorées. Ces petites tablettes sont des ema : elles permettent de confier ses souhaits aux dieux. Très photogéniques, leurs illustrations sur le recto racontent aussi les spécificités de chaque lieu. Elles sont devenues pour moi des objets de collection que je rapporte (en nombre !) à chacun de mes voyages. Tour d’horizon de ses trouvailles à rapporter dans vos valises !
Sommaire
1 – Qu’est-ce qu’un ema ?
Un ema est une petite plaque votive en bois vendue dans le bureau d’un sanctuaire shinto ou d’un temple bouddhiste. On peut y inscrire un vœu au dos, puis on vient l’accrocher sur une structure prévue à cet effet. Elle y restera exposée jusqu’à une cérémonie de purification annuelle, au cours de laquelle les plaquettes seront brûlées. L’idée est simple : le vœu, une fois suspendu à la vue du kami, peut être entendu.
🎨 Le recto de la plaquette présente une illustration typique du sanctuaire et du temple.
✍ Le verso de la plaquette est vierge : c’est au dos qu’on écrit son souhait.
Les Japonais ont la réputation d’être plutôt réservés et peu expansifs. Mais sur les ema, les vœux confiés à la vue de tous sont parfois très personnels. Certaines personnes débordent d’imagination pour écrire leur vœu : il y a souvent des dessins d’enfants, des personnages en manga, des messages griffonnés en anglais ou en français par des touristes de passage…

2 – D’où vient cette tradition ?
L’histoire des ema remonte à la période Heian (794-1185). À l’origine, on n’offrait pas des plaques de bois aux divinités, mais de véritables chevaux, considérés comme des messagers des dieux. C’était une offrande coûteuse, réservée à une élite. Avec le temps, les chevaux ont été remplacés par des plaquettes de bois peintes d’un cheval, plus accessibles. Le nom est resté (« e » pour image, « ma » pour cheval), même si l’iconographie s’est largement diversifiée aujourd’hui. Comme d’autres objets à retrouver dans les lieux de culte au Japon, les ema engendrent un revenu important pour les organisations religieuses. Certes, les accès sont gratuits, mais on « paye » indirectement son entrée en achetant un ema.
Encore une preuve que le Japon a la collectionnite aiguë dans le sang ! Après la chasse aux tampons dans les gares, celle aux calligraphies goshuin, la collection d’ema est un autre sport national que j’ai définitivement adopté !
3 – Une diversité de designs
3-1 – Les ema classiques
On commence par les versions les plus courantes, celles des ema qui représentent simplement l’image du temple ou de la divinité. Pas besoin de davantage d’explications, vous avez compris le principe. Parfois, le kami peut être stylisé en version manga pour donner une touche kawaii. C’est alors encore plus dure de résister à l’achat !
Ci-dessous, vous trouverez d’abord la plaquette du sanctuaire Tozan jinja à Arita. Elle représente simplement le bâtiment principal mais elle n’est pas en bois, mais en faïence, en référence au sanctuaire qui protège les artisans potiers de la région. La seconde plus sombre vient de Takachiho, elle fait référence au célèbre mythe de Amaterasu sortant de sa grotte.
3-2 – Les ema aux formes originales
Pour se démarquer, certains ema prennent des formes plus inattendues, il y a l’embarras du choix. Je ne vais pas tout vous montrer ici, on peut en faire un véritable catalogue à part. Je vous ai d’abord sélectionné la plaquette en forme de cœur au sanctuaire du lapin blanc de Tottori (dédié à l’amour !). Et celui totalement loufoque du sanctuaire Takagi au nord d’Asakusa : il est en forme de onigiri, ce célèbre encas qui est vénéré ici même !
3-3 – Les ema saisonniers
Des éditions spéciales d’ema sont souvent lancées à certaines saisons ou à certaines fêtes. C’est aussi une manière de jouer sur le caractère exceptionnel, la rareté, et donc de provoquer un acte d’achat pour générer davantage de revenus (malin !). A ce jeu, je suis plutôt un bon client 😅. Un exemple ? Ces ema absolument adorables en forme de têtes d’animaux vendus durant la fête des enfants shichi go san, au sanctuaire Kibitsu (préfecture de Okayama).
3-4 – Les tunnels d’ema
Il n’y a pas que les ema qui sont jolis. Les portiques pour les accrocher valent parfois le détour à eux seuls. Plusieurs sanctuaires dressent les fils pour les accrocher en forme de tunnel. Qui dit mise en scène spectaculaire, dit souvent… spot au narcissisme des réseaux sociaux. Concentrez-vous seulement sur l’installation en oubliant les comportements autour, ça vaut le coup. Si vous passez sur Tokyo, je vous recommande de faire au sanctuaire Hikawa à Kawagoe. C’est l’un des plus grand tunnel que j’ai vu jusqu’à présent ! Et surtout, la rivière et les cerisiers juste à côté sont splendides au printemps.
3-5 – Ma collection en déco murale !
J’ai accroché mes ema chez moi, à côté de ma porte d’entrée pour les voir tout au long de l’année. Une simple punaise plantée dans le mur fait l’affaire, pas besoin de bricoler davantage. Elles illuminent ce petit bout de mur blanc que j’avais bien du mal à égayer, et me rappellent au quotidien plein de souvenirs de voyage. Mais en les regardant, je pense davantage… à de nouveaux voyages pour renouveler l’affichage 😂 !

4 – Comment et où trouver des ema pendant son voyage ?
Impossible de les manquer, les ema sont partout !
💰Prix : de 500 à 1000 yens l’unité. Cela peut vite représenter un bon budget en fin de séjour, je n’achète donc que des ema des lieux qui m’ont le plus marqués, ou avec des illustrations qui m’ont tapé dans l’oeil.
🕖 Horaires : il n’est pas toujours facile de s’en procurer car les bureaux de vente des sanctuaires et des temples ont parfois des horaires très restreints, notamment dans les petits lieux de culte. Si vous cherchez un ema spécifique, vérifiez bien au préalable les créneaux d’ouverture sur la page Google.
🙏 Souhait : il n’y a pas vraiment de règle. Vous pouvez écrire dans n’importe quelle langue, dessiner… Vous pouvez formuler un vœu, une intention, parfois simplement dire merci. Il suffit d’être sincère, et d’y croire !
🎁 A accrocher ou à garder ? Comme je l’ai dit plus haut, la plaquette est traditionnellement accrochée au sanctuaire pour que le vœu chemine vers les kami. Mais rien n’empêche d’en acheter une simplement comme souvenir décoratif à ramener chez soi.
5 – Suivre la chasse aux ema sur les réseaux
Si l’univers des ema vous intrigue, le compte Instagram @poke_ema_, tenu par Ange, mérite le détour. Son nom est un joli clin d’oeil aux Pokemon (versus « Poke ema »). L’idée n’est pas de partir à la chasse aux monstres, mais à la chasse aux ema à travers le Japon !
C’est un compte que je suis avec plaisir, et avec lequel j’ai déjà eu l’occasion de collaborer sur quelques publications communes. Si vous cherchez de l’inspiration avant de partir chasser vos propres ema, c’est une référence à suivre !




Bonjour Olivier,
Merci pour ce nouvel article, qui m’intéresse, car j’ai environ… 70 ema 😅 qui décorent 2 murs de mon bureau. Je suis aussi le compte de Ange @poke_ema👌😊, très bien documenté sur les ema.
Je vois qu’on est abonnés aux mêmes références 😂. Je n’en suis pas encore à 70, mais je passerai sûrement le cap au prochain séjour !