La grotte d’Amaterasu à Takachiho n’est pas référencée comme une grande attraction touristique et pourtant, elle dégage une puissance très particulière. Les Japonais appellent cela un « power spot » : un lieu où l’énergie du monde semble s’être concentrée. Je vous fais découvrir cet endroit unique, intimement lié aux mythes fondateurs du pays.
Sommaire
1 – Le mythe de la grotte d’Amaterasu en deux minutes chrono
Pour bien comprendre la charge émotionnelle du lieu pour le peuple japonais, il faut connaître la base du mythe d’Amaterasu. Je vous ai déjà raconté cette histoire quand je vous ai présenté ma soirée au spectacle de kagura du sanctuaire de Takachiho. Je vais donc tâcher de faire court ici 😊. En résumé, Amaterasu, déesse du soleil, est en guerre avec son frère Susanoo. Après une série d’actes particulièrement odieux de sa part, Amaterasu, excédée, s’enferme dans une grotte. Résultat : sans le soleil de la déesse, le monde plonge dans l’obscurité. Les récoltes dépérissent, la vie se meure.
Les divinités du panthéon shinto se réunissent alors devant la grotte pour trouver une solution urgente. Elles y organisent une fête bruyante et joyeuse. Les dieux dansent et rient à gorge déployée, les coqs chantent. Intriguée par ce vacarme, Amaterasu entrouvre alors la porte de la grotte. Lorsqu’elle entrebâilla la paroi rocheuse, elle fut tirée hors de sa cachette par les dieux en embuscade, rendant enfin la lumière à l’univers. Ouf, le monde était sauvé !
Selon la tradition, cette grotte est localisée à Takachiho. C’est donc un haut lieu du shintoïsme qui mérite une visite si vous vous intéressez à la mythologie japonaise.
2 – Visite de la grotte
La grotte se trouve à quelques kilomètres du village de Takachiho et ne peut pas se rejoindre à pied. Encore une fois, je vous invite grandement à louer une voiture pour explorer Kyushu, car la fréquence des transports en commun est assez faible dès qu’on s’éloigne de l’axe Fukuoka-Kagoshima. Après 10 minutes de trajet, me voilà déjà arrivé au parking (gratuit pour une fois, champagne !). Une grande statue du dieu Tajikarao y accueille les visiteurs. Ce kami au visage expressif a joué un rôle décisif dans le mythe, puisqu’il arracha et jeta au loin la porte de pierre dès qu’Amaterasu sortit de la grotte, l’empêchant de s’y cloîtrer à nouveau.

2.1 – Le sanctuaire
Malgré l’importance du lieu, je reste surpris par la petite taille du parking et l’absence de foule. Je ne vais pas m’en plaindre, la découverte n’en sera que plus agréable, contrairement à ma visite des gorges et de la cascade de Takachiho qui était davantage bondée (et légèrement surestimée). Les visites du sanctuaire et de la grotte sont gratuites. On passe d’abord par les bâtiments du sanctuaire qui sont relativement modestes, mais l’ambiance du lieu fait son effet. La végétation est dense, l’air est frais, la rivière murmure au loin… Je sens que la suite va me plaire dès mon passage sous le grand torii à l’entrée !

De magnifiques coqs se promènent en liberté dans l’enceinte du sanctuaire. J’apprends que c’est tout à fait normal car il s’agit de l’animal totem d’Amaterasu. Parmi les stratagèmes utilisés par les dieux pour faire sortir la déesse de sa grotte, l’un d’eux consistât à faire chanter des coqs en chœur devant l’entrée. L’idée était de simuler l’aube pour faire croire que le soleil s’était levé sans elle, ce qui devait la provoquer. Le coq est donc l’animal qui annonce la lumière, même quand elle a disparu. C’est très poétique (ou logique) selon votre sensibilité ! Les prêtres prennent donc soin des animaux, cela fait partie de leur travail d’entretien du sanctuaire.

En parallèle, les bureaux du sanctuaire vendent des omikuji en forme de coqs absolument adorables : j’ai évidemment craqué. La prédiction glissée à l’intérieur de la figurine était favorable. Ouf, je peux continuer sereinement mon chemin ! Cela méritait bien d’acheter aussi une plaquette ema qui représente la célèbre scène d’Amaterasu sortant de sa grotte (je suis faible !).
2.2 – La (vraie) grotte Amanoiwato
Le sanctuaire est donc dédié à la grotte mythique, l’Amanoiwato, où Amaterasu aurait trouvé refuge. Le lieu reste un objet sacré et ne peut pas être approché directement. Toutefois, on peut participer à une visite guidée avec un prêtre pour l’observer au loin depuis une plateforme située derrière le bâtiment principal du sanctuaire, de l’autre côté de la rivière Iwato. Si vous êtes motivés, les horaires de visite sont indiqués sur place et sur cette page du site officiel du sanctuaire. Je n’y voyais que peu d’intérêt car toutes les explications sont données en japonais, je n’aurai pas compris grand-chose. Autant passer plus de temps à explorer les alentours.

2.3 – La seconde grotte Amanoyasugawara
La vraie grotte n’est pas accessible mais ce n’est pas grave, il y a une séance de rattrapage avec une autre grotte, l’Amanoyasugawara. Un superbe sentier dans la forêt puis en bordure de rivière nous y emmène en une quinzaine de minutes. Celle-ci est en réalité une immense cavité à l’entrée de laquelle un petit sanctuaire a été érigé. C’est là, selon la légende, que les divinités se sont rassemblées pour délibérer avant de tenter de faire sortir Amaterasu de sa retraite. Le sol devant la grotte est entièrement recouvert de cairns, ces petites tours de pierres empilées que les visiteurs construisent. Il y a des milliers de petites tours de pierres empilées par les visiteurs ! On peut presque imaginer que les cairns représentent l’assemblée des kamis qui se tient devant nous, en plein débat.



J’ai trouvé l’atmosphère vraiment saisissante, entre la pénombre de la caverne, et les rayons de lumière qui traversaient le feuillage dense au bord de l’eau. D’habitude, j’essaye d’adopter les pratiques des temples et sanctuaires en signe de respect. Mais ici, je n’ai pas osé créer mon petit monticule. J’ai eu le sentiment qu’il fallait être vraiment croyant pour s’autoriser le droit de le faire. Je me suis donc contenté de prendre quelques photos tout en faisant attention de ne pas être insistant, comme si j’avais l’impression de gêner, ou de ne pas y être autorisé. Pourtant, aucune interdiction n’était indiquée sur des panneaux. Mais le lieu en lui-même imposait un respect naturel difficile à expliquer.
3 – Les rizières en terrasses
Entre la grotte et le village de Takachiho, la route longe de superbes rizières en terrasses : ce fut une bonne surprise ! La région est nichée dans un relief vallonné, ce qui donne naissance à des paysages agricoles sculptés à flanc de colline. Pas de ticket d’entrée : on se gare en bord de route, et on profite. C’est vraiment un gros avantage lorsqu’on voyage en voiture. Un petit papy du coin s’est arrêté à ma hauteur et m’a indiqué un observatoire à quelques centaines de mètres de là qui offre une vue panoramique bien plus sympa paraît-il. Une recommandation validée une fois sur place, je n’aurai pas trouvé ce point de vue sans lui ! Je vous ai noté sa localisation exacte sur la carte en fin d’article si ça vous intéresse.

4 – Le sanctuaire principal de Takachiho : la pièce maîtresse du village
Le retour en voiture me ramène au centre du village. Si la grotte est le lieu mythologique par excellence, le sanctuaire de Takachiho est aussi un incontournable. Tout comme le sanctuaire de la grotte, l’enceinte est à nouveau sobre ici, sans le faste de certains grands sanctuaires de Kyoto ou Nara. Il trône dans une belle forêt de cryptomères centenaires aux troncs immenses et à la silhouette rectiligne. On y trouve des cèdres mariés : ce sont deux arbres immenses dont les racines sont fondues ensemble. Ils sont reliés par une shimenawa (corde sacrée avec des éclairs blancs en papier), et symbolisent l’union conjugale. La tradition veut qu’on en fasse le tour trois fois, main dans la main avec un proche, pour attirer la protection familiale.

À partir de 20h, les portes d’un bâtiment annexe s’ouvrent sur un spectacle de kagura, une forme de théâtre rituel shinto qui rejoue les grandes scènes de la mythologie japonaise. Au programme : quatre épisodes du mythe d’Amaterasu, dont la célèbre scène de la danse devant la grotte. La boucle et bouclée : après avoir vu les lieux sur place, j’ai eu l’impression de palper encore davantage cette histoire devant la représentation. J’ai consacré un article entier au spectacle de kagura, parce qu’il méritait clairement un traitement à part. Sachez simplement que c’est la meilleure chose que j’ai faite à Takachiho, et peut-être l’une des plus belles soirées de mon séjour à Kyushu !

5 – Comment organiser sa journée ?
Takachiho n’est pas grand, mais il y a beaucoup de choses à voir. Une grosse journée suffit à tout faire confortablement, à condition de ne pas trop traîner aux gorges et de privilégier la grotte et le sanctuaire.
🚶 L’ordre de visite que je vous recommande est le suivant, à condition d’avoir une voiture. Les distances entre les sites ne sont pas énormes, mais les bus sont rares et les horaires contraignants. En transports en commun, il faut compter une journée de plus sur place pour tout faire.
- Commencez tôt par la grotte d’Amaterasu,
- sur le retour au village, arrêtez-vous à l’observatoire des rizières,
- passez par le sanctuaire de Takachiho,
- puis prenez la pause déjeuner au village,
- il vous restera alors une grosse partie de l’après-midi pour faire les gorges et la cascade (sans l’option barque),
- enfin, terminez la soirée au spectacle de kagura à 20h.
Pour vous aider dans vos préparatifs, je vous laisse ma carte ci-dessous avec tous les lieux indiqués.
Bonne visite !


