centre de village de yunomine onsen

Yunomine onsen, le bain des pèlerins

Perdu au cœur des montagnes de Wakayama, le hameau de Yunomine onsen est un point de passage obligé pour tous les pèlerins qui empruntent les chemins de Kumano kodo. Découverte étonnante d’un havre de paix.

 

Une source magique

La source originelle de Yunomine onsen est utilisée par les pèlerins depuis toujours et constitue une étape indispensable avant leurs prières au sanctuaire de Kumano Hongu taisha situé plus en contrebas dans la vallée. Protégée dans une petite baraque rudimentaire en bois, la source Tsuboyu a parfaitement gardé son ambiance rustique. Elle est ouverte au grand public sur réservation, pas besoin d’être un pèlerin attitré. Le bassin est ridiculement petit, ce qui explique que l’on est obligé de le privatiser. A l’intérieur, pas de chichis : le bâtiment doit faire à peine 4 m² !

Comment réserver le bain Tsuboyu ?
Pour réserver sa place au onsen, il faut se présenter à un bureau d’accueil situé en face du temple Toko-ji quelques mètres plus bas pour bloquer un créneau horaire. L’accès uniquement privatisé coûte 770 yens pour une durée de 30 minutes, et limité à seulement 2 personnes (bon plan pour les couples et les personnes tatouées : aucune restriction). Attention car les serviettes ne sont pas fournies. Contrairement à d’autres bains, il n’est pas nécessaire de se laver avant d’entrer dans l’eau.

L’accès privatisé, le calme sans d’autres visiteurs, le bruit de la rivière en contrebas, les rayons du soleil qui traversent les interstices des planches disjointes du cabanon participent d’abord à cette impression de goûter à un petit privilège. Ensuite, la couleur de l’eau est, comment dire… splendide ! On a eu beaucoup de chance le jour de notre passage car elle était d’un bleu cyan intense. La source peut en effet prendre une teinte plus ou moins prononcée ou laiteuse en fonction de sa charge en particules qui varie tout au long de la journée. Des minéraux blancs, les Yu-no-hara, étaient également en suspension dans le bassin et coloraient les pierres, un gage de pureté et de qualité.

 

On se jette à l’eau !

Je ne sais pas quelle était la température de l’eau mais je peux vous dire que c’était vraiment très très chaud. J’ai déjà fait des bains à 42°C (ma limite), mais on était bien au-delà. Heureusement, il est possible d’ajuster la température du bassin en rajoutant de l’eau fraîche avec un robinet (celui avec la manivelle verte). Surtout, n’hésitez pas à vous en servir pour mieux profiter. Le bassin en lui-même s’enfonce dans le sol en pente douce sans qu’on puisse savoir où se situe réellement le fond. Pas de doutes, c’est bien une source 100% naturelle qui jaillit depuis les profondeurs de la Terre !

riviere yunomine onsen

On a fait les homards pendant un petit quart d’heure, ressortant régulièrement pour nous rafraîchir et prendre quelques photos. A la fin de la séance, j’ai ressenti un gros coup de fatigue, avec le besoin de me reposer sur un banc. C’est la première fois qu’un onsen me fait un tel effet et je comprends mieux les pouvoirs médicinaux et les légendes qui sont associés à cette eau. Ce contrecoup est apparemment normal.

Plusieurs récits de pèlerins miraculeusement soignés après s’y être baignés coexistent, mais le plus connu met en scène Oguri Hangan et la princesse Terute. Pour faire court, Oguri est un riche noble de Kyoto qui refuse de se marier avec ses prétendantes. Contraint à l’exil par son père, il rencontre la princesse Terute qu’il décide d’enlever pour l’épouser (le rustre !). Son beau-père se débarrasse alors de lui en l’empoisonnant, mais le roi des Enfers prend pitié et le ressuscite dans un corps mutilé, défiguré, et aveugle. Incapable de se déplacer, il est abandonné dans une charrette portant un écriteau « Emmenez-moi dans les eaux de Kumano pour me soigner ». La charrette est alors tirée à Yunomine onsen par plusieurs pèlerins qui se succéderont dans cette tâche, dont Terute qui ne le reconnaîtra pas. Après un bain dans le onsen, c’est le happy end : il est soigné, retrouve le contrôle de ses terres, et se marie à Terute, donnant alors toute sa réputation à la source Tsuboyu.

 

Balade dans le village de Yunomine onsen

Après ce petit bain, j’ai pris le temps de profiter du village avant le coucher du soleil. On fait très vite le tour car il est construit en toute simplicité de part et d’autre de l’unique route qui longe la rivière, sur une distance d’à peine 200 mètres. Yunomine onsen compte moins de 10 ryokans et ce n’est clairement pas ici que vous occuperez votre soirée par des activités débordantes. Le village est davantage tourné vers sa notoriété thermale et médicinale, plutôt que vers le côté spa et luxe que peuvent mettre en avant d’autres localités comme Kinosaki onsen.

temple yunomine onsen

J’ai apprécié néanmoins une chose : le calme ! Cette impression que l’horloge s’était arrêtée quelques instants, figeant le monde alentour et ne laissant que l’eau de la rivière s’écouler. En descendant au bord des rives, l’odeur de souffre qui se dégageait des fumerolles était de plus en plus forte et oh surprise, l’eau était tiède ! Un système de tuyauterie imprégné de concrétions minérales vient puiser le précieux liquide pour alimenter les différents bâtiments du village. Je suis resté un long moment à observer cet environnement, intrigué par l’opposition entre ce ruisseau lunaire, inhospitalier, et les ryokans élaborés construits en surplomb. Le Japon est définitivement une terre de contrastes !

Les derniers promeneurs rejoignaient leur hébergement en cette fin de journée. Le village était maintenant vide et il était temps de rejoindre pour la nuit le ryokan Iseya qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable malgré des chambres bien aménagées et plutôt agréables. L’ensemble était vieillissant et ne proposait que des bentos préparés par un établissement voisin. Il a néanmoins l’avantage d’être en plein centre de Yunomine tout en proposant des tarifs abordables.

ryokan iseya yunomine onsen

 

Yunomine onsen aura été une halte intime au cours de ce voyage, protégée des grands circuits touristiques. On ressent toujours ici le pouvoir de la source miraculeuse vénérée par les pèlerins de Kumano depuis plus de 1800 ans. 

 

Pour en savoir plus :

 

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2 commentaires sur “Yunomine onsen, le bain des pèlerins

  1. Super, j’y vais en novembre mais sur booking il y a peu d’établissements (ryokans) à Yunomine, je me suis rabattue sur Kawayu Onsen à quelques km. Comment as-tu circulé dans la région ? J’hésite à louer une voiture car je reste quelques jours dans la région du Kumano Sanzan et j’arriverai de Koya San et apparemment les bus sont peu fréquents si on veut se déplacer entre les différents sites sacrés du Kumano …

    Ton blog est une vraie mine d’information ! Merci beaucoup, je ne savais même pas qu’il fallait réserver pour aller dans l’onsen

    1. J’ai circulé en voiture et c’est effectivement un gros avantage. Même si tous ces sites sont desservis par des bus, il est vrai que la fréquence n’est pas énorme (souvent 1 par heure). On peut tout faire en bus mais cela va obliger à bien se caller sur les horaires sous peine de perdre une heure à attendre à un arrêt. La voiture permet de faire plus de choses en moins de temps, sans pour autant avaler les kilomètres. On évite d’être contraint par les rotations de bus ce qui permet de mieux optimiser une journée de visite. Donc avantage à la voiture mais sans que ce soit un indispensable !

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