Koyasan : les sources du bouddhisme

Niché au cœur de la préfecture de Wakayama sur un plateau perdu à 1000 mètres d’altitude (Sud-Est d’Osaka), le mont Koya compte une centaine de temples occupés par une communauté de 2000 moines bouddhistes. Entre forêt millénaire et ambiance mystique, ce sanctuaire offre même la possibilité aux visiteurs de passer une nuit dans un temple. Dépaysement total garanti !

En route pour Koyasan !

La solution la plus simple pour rejoindre Koyasan consiste, comme toujours au Japon, à prendre le train ! La ligne Nankai Electric Railway desservant le sanctuaire n’étant malheureusement pas incluse dans les trajets illimités du JR pass, il faudra acheter en surplus des billets. Pour ne pas se prendre la tête dans les tarifs, le plus pratique est d’opter pour l’avantageux pass « Koyasan World Heritage Ticket » (c’est un peu pompeux mais ça pose bien le décor pour un site classé UNESCO). Il permet de faire de bonnes économies puisque pour 4220 yens, il comprend :

  • un aller direct super rapide en train « limited express » avec place réservée depuis Osaka (gares de Namba ou de Shin-Imamiya)
  • un retour par train plus lent avec davantage d’arrêts jusqu’à Osaka,
  • deux journées de trajets illimités sur les bus de Koyasan,
  • des réductions sur les entrées des principaux temples et musées,
  • une remise de 10% dans certaines boutiques souvenirs.

Le pass existe aussi en version low cost à 3440 yens avec un trajet lent à l’aller, souvent avec un changement de train à Hashimoto, ce qui est bien moins pratique (je déconseille).

Assez parlé de l’organisation, place aux photos !

Je suis resté le nez collé à la vitre du train pendant les 1h40 de trajet, à voir défiler la campagne japonaise, puis les petits villages de montagne qui jalonnaient le parcours de plus en plus escarpé à mesure que le train s’approchait du terminus. La route calme et sinueuse avec ses forêts de montagne met déjà dans l’ambiance malgré le temps maussade. Toute cette nature fait le plus grand bien après les agglomérations de Tokyo, Kyoto et Osaka !

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Du fait de l’altitude, les cerisiers sont en retard ici et débutent à peine leur floraison.

Le train s’arrête alors en gare de Gokurakubashi. Il faut ensuite monter dans un antique funiculaire pour grimper sur le plateau de Koyasan (le tableau de bord fait peur !), puis prendre une navette qui nous conduira au cœur du village de Koya après plusieurs lacets dans la brume. On pense tout de suite à regarder notre montre pour calculer ce trajet (un peu moins de 30 minutes) afin de le prendre en compte au retour pour ne pas louper notre train.

A peine arrivés, nous passons confirmer notre nuitée au temple Ichijo-in où nous passerons l’un de nos plus beau moment lors de ce voyage.

Histoire d’une success story

Le repas végétarien du midi est l’occasion de potasser les guides touristiques pour faire connaissance avec le fondateur de Koyasan : le très célèbre moine Kukai. A l’âge de 20 ans, il ne supporte plus la corruption et l’oisiveté des prêtres de son pays et espère trouver une autre voie dans la pratique de la religion 😡. Il plaque alors ses études à la fac et décide de partir en voyage ERASMUS en Chine, histoire de voir ailleurs ce que pouvait donner l’enseignement du bouddhisme. A son retour au Japon deux ans plus tard, il monte sa propre boîte et fonde à Koya la secte bouddhiste Shingon en l’an 815 (le mot « secte » n’a pas de connotation péjorative ici, il faut le comprendre au sens de « courant », « mouvement »). Contrairement au bouddhisme traditionnel de Nara, la philosophie de Kukai explique aux croyants qu’ils ont la possibilité d’atteindre la perfection dans cette vie, par leur actes quotidiens, sans qu’il soit nécessaire de passer par les cycles de réincarnation successifs devant aboutir (un jour peut-être) au Nirvana. Le succès est immédiat et le courant Shingon reste actuellement l’une des principales écoles bouddhistes du Japon après le shintoïsme !

Mais Kukai ne s’arrête pas là. En grand érudit et calligraphe, il a l’idée de traduire les textes sacrés chinois en japonais. Il créera pour cela les kanas toujours utilisés quotidiennement aujourd’hui, qui sont un système syllabaire simplifié des idéogrammes chinois.

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Je suis fan de Kukai !

Quand un jour pluvieux est une chance…

Nous reprenons alors le bus pour 5 petites minutes afin de rallier le gigantesque cimetière d’Okunoin qui abrite le mausolée de Kukai (arrêt Ichi-no-bashi-mae). Un pont en pierre mène à l’entrée du cimetière et semble marquer la limite entre le monde des vivants et celui des morts. Devant nous, une majestueuse allée de pins, de cyprès et de cèdres millénaires nous accueille. Au delà : 2 km de sentier et plus de 200 000 tombeaux. Là, je n’ai plus du tout l’envie de faire le mariole sur Kukai à la fac… On ressent quelque chose de très particulier qui impose le respect (et donc le sérieux !).

Après avoir franchi ce passage, on pénètre clairement dans un autre monde.
Après avoir franchi ce passage, on pénètre clairement dans un autre monde.

La pénombre nous enveloppe immédiatement, tout comme les mousses et les herbes colonisent petit à petit les amoncellements de stèles et de statues. Cette atmosphère mystérieuse, surprenante, est encore amplifiée par les gouttes de pluie fine et les croassements de quelques corbeaux qui accompagnent nos pas. Nous nous écartons régulièrement du sentier principal bordé de lanternes pour explorer les alentours et emprunter des chemins parallèles non balisés et encore plus tranquilles. On pestera contre quelques groupes de touristes bruyants accompagnés par un guide mais nous les laisserons vite nous dépasser pour replonger dans notre quiétude.

A certains moments, on ne serait même pas surpris de voir surgir Indiana Jones de son temple maudit, accompagné de Lara Croft à la recherche d’un trésor Aztèque… Jamais lugubre ni sinistre, mais empli de sérénité, on a le sentiment ici que les défunts ne font plus qu’un avec cette nature luxuriante qui, par sa majesté, semble leur rendre un dernier hommage. Ici, les cendres de grands samouraïs côtoient celles de simples paysans, unies dans une même enveloppe végétale. Une sorte de retour à la nature lié au grand cycle de la vie (c’est beau 😇 !). Bref, mon (grand) côté cartésien prendra du plomb dans l’aile !

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Après avoir erré un certain temps, nous retrouvons le sentier principal pour arriver au pavillon des lanternes, mausolée de Kukai. Depuis sa mort, Kukai est réputé en méditation perpétuelle dans son tombeau (il prend le nom posthume de Kobo Daishi) : le lieu est donc un centre important de recueillement et une lanterne y brûle en permanence depuis plus de 1000 ans. Nous arrivons par chance pendant une cérémonie et les sutras entêtant des prêtres accompagnent la visite, quel dépaysement !

 

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La journée touche presque à sa fin, et il est l’heure de faire demi-tour pour ne pas manquer les cérémonies de commémoration des 1200 ans du sanctuaire. Suite de l’aventure ici !

Et vous, quelle est votre impression sur le cimetière le plus célèbre du Japon ?

 

Pour en savoir plus :

Site officiel de l’office de tourisme de Koyasan (en français) : http://www.koyasan.or.jp/fr/meguru/

7 commentaires sur “Koyasan : les sources du bouddhisme

  1. Ca laisse rêveur ! Tu retranscris très bien les émotions, on s’y croirait… Petite question : pourquoi les statues ont des serviettes autour du cou ? Je crois que tu me l’as déjà expliqué mais je ne me souviens plus… 😉

  2. Les petites statues qui portent des bavoirs ou parfois des bonnets sont des statues de Jizo. Selon la croyance, cette divinité bouddhiste protège les âmes perdues entre enfers et paradis des enfants morts-nés ou des jeunes bébés décédés. Jizo les aide à passer un fleuve (genre de Styx par comparaison) qu’ils doivent absolument traverser. Le rouge est une couleur très positive au Japon, elle repousse les démons et est symbole de bonne santé.

    C’est donc assez triste de voir toutes ces petites statues…… mais pour terminer sur une note joyeuse, il faut aussi se dire que des parents qui rencontrent des difficultés à concevoir un enfant édifient des statues de Jizo pour remercier le dieu de les avoir aidé lorsqu’une naissance arrive enfin !

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